2. LE CONTEXTE HAÏTIEN DE LA FORMATION TECHNIQUE ET PROFESSIONNELLE
La situation socioéconomique du pays et le degré d’avancement
du système éducatif haïtien influencent les caractéristiques de la
FTP, qui souffre d’une précarité de ressources de toutes sortes la
rendant inapte à répondre aux besoins de l’économie haïtienne.
2.1 La situation socioéconomique du pays
La deuxième moitié du 20e siècle et le début du 21e siècle en Haïti
sont marqués par une série de choix politico-économiques1
néfastes pour le bien-être collectif de la population [7]. Ils ont
entraîné la déstabilisation de la majorité des institutions haïtiennes,
l’absence d’un leadership responsable et éclairé, la mauvaise gouvernance, l’affaiblissement et la contraction de l’appareil
étatique
1. La chute de la population porcine depuis François Duvalier et son massacre
durant le prolongement de la dictature de Jean-Claude Duvalier constituent un
moment important dans les choix économiques néolibéraux irrespectueux de
la population ayant conduit l’économie paysanne dans une totale dépendance.
Ebert, Allan (1985). «Porkbarreling Pigs in Haiti : North American “Swine Aid” an
Economic Disaster for Haitian Peasants », The Multinational Monitor, December,
vol. 6 18, http://www.multinationalmonitor.org/hyper/issues/1985/12/
ebert-porkbarrel.html, consulté le 25 mars 2017; William, Michel (2010). «Toute
la vérité sur le massacre du cochon créole », Le Nouvelliste, 27 septembre 2010,
http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/83954/Toute-la-verite-sur-lemassacre-du-cochon-creole, consulté le 25 mars 2017.
Dans les années 1990, il y a le choix de Bill Clinton, avec l’appui de Jean-Bertrand
Aristide, de miser sur la vente des produits des États-Unis en Haïti plutôt que
de dynamiser la production locale. C’est la raison pour laquelle en 2010, Clinton
a fait son mea culpa en acceptant «le rôle que son administration a joué dans
l’exportation vers Haïti de denrées alimentaires américaines subventionnées,
profitant du fait que la baisse des droits de douane était une des conditions
attachées aux prêts du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque
mondiale ». Radio Métropole (2010). «Le Mea culpa de Bill Clinton», Le Nouvelliste, 21 avril 2010, http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/79140/Le-meaculpa-de-Bill-Clinton.html#sthash.mTb5Fiox.dpuf, consulté le 25 mars 2017).
Ce rapport inégalitaire avec l’international, principalement avec les État s-Unis
d’Amérique, s’inscrit dans une perspective néocolonialiste et impérialiste nouvelle d’esclavagisme moderne si l’on veut se référe
Cadre Legal
Selon le Plan opérationnel 2010-2015, la FTP, d’une durée variable selon les filières, prépare à l’emploi dans divers domaines ou à la poursuite d’études supérieures. Elle est dispensée selon deux réseaux : • le réseau formel à travers les centres ou établissements de formation professionnelle ;
• le réseau informel à travers le système d’apprentis [14]. 2.3 Les caractéristiques du système national de formation professionnelle Depuis l’indépendance, des initiatives venant de différentes autorités expriment la velléité de l’État de pourvoir à la formation d’une main-d’œuvre qualifiée selon les besoins du marché. Créés en octobre 1973, l’Institut national de formation professionnelle (INFP) et le Centre pilote de formation professionnelle (CPFP) constituent des cadres institutionnels pionniers dans le développement de la formation professionnelle en Haïti. 2.3.1 L’accès La FTP est ouverte aux jeunes ayant terminé leur scolarité obligatoire et sortant du fondamental à l’âge de 15 ans. Elle est aussi accessible aux jeunes quittant l’enseignement secondaire général et technique avec ou sans leur baccalauréat, ainsi qu’à tous les jeunes en rupture de scolarisation. Selon l’INFP, elle repose sur un système public et privé de 447 centres de formation, dont moins de 10 % sont publics, avec une forte concentration dans la capitale. Dans les centres accrédités par l’INFP, l’offre globale se situe autour de 40 disciplines. Toutefois, l’offre de service de la FTP gravite autour des 10 disciplines qui semblent les plus prometteuses, par conséquent jugées prioritaires. Nous les énumérons dans le tableau 1 [14]. La formation professionnelle est en majorité relayée par l’apprentissage traditionnel dans les entreprises du secteur informel, qui représente 80 % de l’activité économique nationale et 59 % de l’activité à Port-au-Prince. À côté de l’INFP, plusieurs entités étatiques interviennent dans la FTP. Il s’agit du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) (34 centres), du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) (56 centres), du ministère de la Santé publique et de la Population (9 centres) et du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) (6 centres). Cet éparpillement constitue une contrainte [6] au développement de la formation professionnelle en Haïti. Selon le MENFP (2013), seulement 2 300 élèves fréquentaient le système en 2011, ce qui traduit un manque d’attrait pour les jeunes [6]
Gouvernance
La gouvernance L’INFP, placé sous la tutelle du MENFP, est chargé de la gouvernance du sous-système de la FTP en Haïti. Toutefois, selon le Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF) (2011), il existe un déficit de cadre légal établissant les mécanismes de concertation entre l’État et les partenaires sociaux et économiques, une duplication des programmes de formation qui alimente la confusion et la méfiance à l’égard du sous-secteur [14]. Ce sous-secteur se caractérise comme un ensemble disparate où l’offre de formation est éclatée entre plusieurs ministères sectoriels sans norme commune et sans orientation d’ensemble. En un mot, il y a absence d’une véritable politique en la matière, capable de guider les actions d’une manière cohérente et convergente qui répond aux besoins du pays. 2.3.3 Les paliers dans la formation technique et professionnelle en Haïti La FTP en Haïti comprend les établissements d’enseignement technique (EET), les établissements d’enseignement professionnel (EEP), les écoles de formation agricole (EFA), les centres de formation professionnelle (CFP) et les centres ménagers (CM) ou écoles d’économie familiale.
a) Les EET ont pour objet la formation du personnel intermédiaire (techniciens, cadres moyens, etc.) au niveau secondaire.
b) Les EEP visent à donner les prérequis nécessaires à l’exercice d’un métier ou d’un groupe de métiers à partir du deuxième cycle d’études secondaires..
c) Les EFA visent à former le personnel de soutien, des services et des conseils techniques dans le domaine agricole. d) Les CFP visent le développement des compétences permettant à une personne d’assurer pleinement son rôle de travailleur et d’évoluer sur le marché du travail. La formation est offerte sous forme de modules afin de faciliter le cheminement individuel et la reconnaissance des acquis. e) Les centres ménagers ou écoles d’économie familiale organisent des formations pour des élèves n’ayant pas terminé les études primaires. 2.3.4 Le processus d’évaluation et le profil des sorties La normalisation des services de FTP en Haïti commence dès les premiers moments de l’accréditation, de l’homologation des centres et des programmes de formation qui est délivrée par l’INFP ou le MAST. Concrètement, l’évaluation de la qualité de l’enseignement technique et professionnel est un processus qui doit aboutir au système de certification composé de cinq niveaux de qualification, à savoir: a) Le niveau semi-qualifié Ce niveau correspond à celui des travailleurs possédant des connaissances techniques essentielles acquises par la formation professionnelle de courte durée et l’autoformation. b) Le niveau qualifié Les travailleurs doivent posséder une grande habileté, la connaissance approfondie d’un métier et une capacité de décision exigée par les opérations du poste de travail. c) Le niveau hautement qualifié Ce niveau concerne les travailleurs dotés d’une qualification de niveau très élevé acquise dans le cadre de la formation professionnelle spécialisée de longue durée. Il leur permet de remplir des tâches complexes dans des professions exigeant de hautes responsabilités. d) Le niveau cadres moyens Ce niveau est là pour former des travailleurs exerçant des fonctions de direction, de coordination et de contrôle d’autres travailleurs. Ces travailleurs ont pour tâche la coordination et le contrôle du travail exécuté par un groupe de travailleurs dans des tâches spécialisées semblables. Ils peuvent également être amenés à assurer la supervision du travail de plusieurs chefs d’équipe.
La qualité
La qualité de l’enseignement dans la formation professionnelle L’organisation et la structuration de la FTP correspondent à des exigences de compétences différentes pour chaque palier et posent du même coup la problématique de la qualité. En effet, les normes de qualité pour le système de la FTP sont fixées par le MENFP à travers l’INFP et deviennent des critères d’évaluation à respecter qui se déclinent sommairement en: performances scolaires des apprenants, taux d’abandon, taux de participation à l’éducation, taux d’obtention de diplômes et taux de satisfaction du marché de l’emploi et d’employabilité. Plusieurs tentatives de réformes n’ont pas atteint ces niveaux de performance, puisque aujourd’hui un ensemble d’éléments impactent négativement la qualité de la FTP en Haïti. Il s’agit: du bas niveau de formation des enseignants et des administrateurs des centres de formation, de l’obsolescence et de l’insuffisance des équipements, de la vétusté des ateliers, du fréquent manque de matériels didactiques, pédagogiques, et de matière d’œuvre. En un mot, ces déterminants révèlent que la FTP souffre d’une carence de qualité et cette évidence trouve sa confirmation dans une évaluation du système aboutissant à un certain nombre de constats qui se révèlent très alarmants4.
Cadre Legal
Selon le Plan opérationnel 2010-2015, la FTP, d’une durée variable selon les filières, prépare à l’emploi dans divers domaines ou à la poursuite d’études supérieures. Elle est dispensée selon deux réseaux : • le réseau formel à travers les centres ou établissements de formation professionnelle ;
• le réseau informel à travers le système d’apprentis [14]. 2.3 Les caractéristiques du système national de formation professionnelle Depuis l’indépendance, des initiatives venant de différentes autorités expriment la velléité de l’État de pourvoir à la formation d’une main-d’œuvre qualifiée selon les besoins du marché. Créés en octobre 1973, l’Institut national de formation professionnelle (INFP) et le Centre pilote de formation professionnelle (CPFP) constituent des cadres institutionnels pionniers dans le développement de la formation professionnelle en Haïti. 2.3.1 L’accès La FTP est ouverte aux jeunes ayant terminé leur scolarité obligatoire et sortant du fondamental à l’âge de 15 ans. Elle est aussi accessible aux jeunes quittant l’enseignement secondaire général et technique avec ou sans leur baccalauréat, ainsi qu’à tous les jeunes en rupture de scolarisation. Selon l’INFP, elle repose sur un système public et privé de 447 centres de formation, dont moins de 10 % sont publics, avec une forte concentration dans la capitale. Dans les centres accrédités par l’INFP, l’offre globale se situe autour de 40 disciplines. Toutefois, l’offre de service de la FTP gravite autour des 10 disciplines qui semblent les plus prometteuses, par conséquent jugées prioritaires. Nous les énumérons dans le tableau 1 [14]. La formation professionnelle est en majorité relayée par l’apprentissage traditionnel dans les entreprises du secteur informel, qui représente 80 % de l’activité économique nationale et 59 % de l’activité à Port-au-Prince. À côté de l’INFP, plusieurs entités étatiques interviennent dans la FTP. Il s’agit du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) (34 centres), du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) (56 centres), du ministère de la Santé publique et de la Population (9 centres) et du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) (6 centres). Cet éparpillement constitue une contrainte [6] au développement de la formation professionnelle en Haïti. Selon le MENFP (2013), seulement 2 300 élèves fréquentaient le système en 2011, ce qui traduit un manque d’attrait pour les jeunes [6]
Gouvernance
La gouvernance L’INFP, placé sous la tutelle du MENFP, est chargé de la gouvernance du sous-système de la FTP en Haïti. Toutefois, selon le Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF) (2011), il existe un déficit de cadre légal établissant les mécanismes de concertation entre l’État et les partenaires sociaux et économiques, une duplication des programmes de formation qui alimente la confusion et la méfiance à l’égard du sous-secteur [14]. Ce sous-secteur se caractérise comme un ensemble disparate où l’offre de formation est éclatée entre plusieurs ministères sectoriels sans norme commune et sans orientation d’ensemble. En un mot, il y a absence d’une véritable politique en la matière, capable de guider les actions d’une manière cohérente et convergente qui répond aux besoins du pays. 2.3.3 Les paliers dans la formation technique et professionnelle en Haïti La FTP en Haïti comprend les établissements d’enseignement technique (EET), les établissements d’enseignement professionnel (EEP), les écoles de formation agricole (EFA), les centres de formation professionnelle (CFP) et les centres ménagers (CM) ou écoles d’économie familiale.
a) Les EET ont pour objet la formation du personnel intermédiaire (techniciens, cadres moyens, etc.) au niveau secondaire.
b) Les EEP visent à donner les prérequis nécessaires à l’exercice d’un métier ou d’un groupe de métiers à partir du deuxième cycle d’études secondaires..
c) Les EFA visent à former le personnel de soutien, des services et des conseils techniques dans le domaine agricole. d) Les CFP visent le développement des compétences permettant à une personne d’assurer pleinement son rôle de travailleur et d’évoluer sur le marché du travail. La formation est offerte sous forme de modules afin de faciliter le cheminement individuel et la reconnaissance des acquis. e) Les centres ménagers ou écoles d’économie familiale organisent des formations pour des élèves n’ayant pas terminé les études primaires. 2.3.4 Le processus d’évaluation et le profil des sorties La normalisation des services de FTP en Haïti commence dès les premiers moments de l’accréditation, de l’homologation des centres et des programmes de formation qui est délivrée par l’INFP ou le MAST. Concrètement, l’évaluation de la qualité de l’enseignement technique et professionnel est un processus qui doit aboutir au système de certification composé de cinq niveaux de qualification, à savoir: a) Le niveau semi-qualifié Ce niveau correspond à celui des travailleurs possédant des connaissances techniques essentielles acquises par la formation professionnelle de courte durée et l’autoformation. b) Le niveau qualifié Les travailleurs doivent posséder une grande habileté, la connaissance approfondie d’un métier et une capacité de décision exigée par les opérations du poste de travail. c) Le niveau hautement qualifié Ce niveau concerne les travailleurs dotés d’une qualification de niveau très élevé acquise dans le cadre de la formation professionnelle spécialisée de longue durée. Il leur permet de remplir des tâches complexes dans des professions exigeant de hautes responsabilités. d) Le niveau cadres moyens Ce niveau est là pour former des travailleurs exerçant des fonctions de direction, de coordination et de contrôle d’autres travailleurs. Ces travailleurs ont pour tâche la coordination et le contrôle du travail exécuté par un groupe de travailleurs dans des tâches spécialisées semblables. Ils peuvent également être amenés à assurer la supervision du travail de plusieurs chefs d’équipe.
La qualité
La qualité de l’enseignement dans la formation professionnelle L’organisation et la structuration de la FTP correspondent à des exigences de compétences différentes pour chaque palier et posent du même coup la problématique de la qualité. En effet, les normes de qualité pour le système de la FTP sont fixées par le MENFP à travers l’INFP et deviennent des critères d’évaluation à respecter qui se déclinent sommairement en: performances scolaires des apprenants, taux d’abandon, taux de participation à l’éducation, taux d’obtention de diplômes et taux de satisfaction du marché de l’emploi et d’employabilité. Plusieurs tentatives de réformes n’ont pas atteint ces niveaux de performance, puisque aujourd’hui un ensemble d’éléments impactent négativement la qualité de la FTP en Haïti. Il s’agit: du bas niveau de formation des enseignants et des administrateurs des centres de formation, de l’obsolescence et de l’insuffisance des équipements, de la vétusté des ateliers, du fréquent manque de matériels didactiques, pédagogiques, et de matière d’œuvre. En un mot, ces déterminants révèlent que la FTP souffre d’une carence de qualité et cette évidence trouve sa confirmation dans une évaluation du système aboutissant à un certain nombre de constats qui se révèlent très alarmants4.
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